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    2 - LA SIDI-BRAHIM




    Djemmaa Ghazaouet, fin de journée...
    ... Seize hommes épuisés sont recueillis par la garnison venues à leur rencontre : le caporal LAVAYSSIERE, 14 chasseurs et le hussars NATANLY. Tous bouleversés, les écoutent...
    Ils racontent leur marche terrible de trois lieues, constamment harcelés par les Arabes, contre lesquels ils luttent à la baïonnette, faute de munitions. Ils étaient 80 formés en carré, les blessés au centre dont l'épuisement obligeait à de fréquents arrêts. 
    La fatigue était immense mais surtout la soif les torturaient lorsqu'ils parvinrent dans le lit de l'Oued Mersa à deux milles mètres de leur objectif. C'était l’endroit et le moment où les attendait la tribu des Ouled Ziri. Ce fut un carnage. Le capitaine de GEREAUX et le lieutenant de CHAPPEDELEINE déjà blessés, ont été achevés les premiers... De cet affreux massacre, voici les survivants :

    Depuis le début du mois, l’Émir ABD EL KADER du Maroc où il s'était réfugié, avait entrepris de soulever les tribus algérienne dont beaucoup s'étaient déjà ralliées aux chasseurs. Ce jour-là, le caïd TRARI, sous prétexte de les appeler au secours les entraîna dans un traquenard. Le colonel de MONTAGNAC, commandant les troupes basées à Djemmaa Ghazaouet, se mit à la tête d'une petite colonne composée de 60 cavaliers du 2ème Hussard et 350 Chasseurs du 8ème d'Orléans, le tout avec six jours de vivres. Ils partirent le jour même à 22 heures et ils bivouaquèrent à quinze kilomètres à l'ouest de Djemmaa Ghazaouet.


    Colonel MONTAGNAC

    Le 22 au matin, TRARI orienta MONTAGNAC vers le sud et ils campèrent vers 13 heures, le long de la piste en plein bled. A ce moment, quelques cavaliers arabes sont visibles sur les crêtes. Ils échangent à distance les premiers coups de feu. 
    Le 23 à l'aube, MONTAGNAC décide de se porter vers les cavaliers ennemis aperçus la veille.  Il laisse à la garde du bivouac le commandant FROMENT-COSTE, le capitaine de GEREAUX et des éléments de sa compagnie, la 8ème, le capitaine BURGARD et sa 2ème compagnie. 
    Ils font 4000 mètres vers l'ouest et c'est le drame. Surgissant des crêtes environnantes, 5 à 6000 cavaliers arabes menés par ABD EL KADER fondent sur la petite colonne. 
    Les hussards chargent. COURBY de COGNARD est blessé. Les cavaliers sont submergés et bientôt anéantis. Les trois compagnies de chasseurs forment le carré et font face. Au milieu d'elles, MONTAGNAC est tué. La lutte va durer trois heures puis les unités du 8ème d'Orléans succombent sous le nombre et sont massacrées. 


    Averti au bivouac par le maréchal des logis BARBUT du 2ème hussard, le commandant FROMENT-COSTE se précipite avec la 2ème compagnie vers le combat situé à quatre kilomètres. Il ne fera pas deux milles mètres car les Arabes qui ont vu le mouvement les interceptent et les assaillent de toute part. FROMENT-COSTE est tué, le capitaine DUTERTRE, adjudant major est fait prisonnier... Bientôt, il ne reste qu'une douzaine de chasseurs que l'adjudant THOMAS, au moment de tomber dans les mains de l'ennemi, exhorte à se battre jusqu'au bout. Le capitaine de GEREAUX qui a la responsabilité du bivouac, après un vain essai de se porter au secours de ses compagnons, assiste impuissant à la lutte désespérée. 


    A mille mètres de là se dresse le petit édifice de la Kouba du marabout de Sidi-Brahim. C'est là que GEREAUX décide de se porter et de s'installer pour se battre en attendant du secours. GEREAUX rameute alors le reste de sa compagnie, les trois escouades de la 3ème compagnie et le caporal LAVAYSSIERE qui sont à la garde du troupeau puis des bagages, soit environ 80 fusils. Le mouvement est rapidement exécuté dans la chaleur accablante de ce début d'après-midi. Il n'échappe pas à ABD EL KADER dans cette grande plaine rase. L’Émir pense qu'il va facilement écraser les restes de la colonne française. Mais il a se heurter pendant trois jours et trois nuits à la résistance des 80 chasseurs du marabout de Sidi-Brahim.



    Dans l'après-midi du 23, les Arabes sont en masse autour de la kouba et c'est le siège. Les assauts des troupes de l’Émir se succèdent. Les harcèlements sont permanents. Les munitions et les vivres commencent à manquer. Dès le début, le capitaine GEREAUX a fait confectionner un drapeau tricolore pour attirer l'attention du capitaine BARRAL qui avec le 10ème bataillon de chasseurs d'Orléans opère non loin à partir de Lalla-Marnia. LAVAYSSIERE aidé du chasseur STRAPONI hisse le drapeau au sommet d'un figuier qui se dresse près du marabout... et là dans la lunette, il voit la colonne de BARRAL, attaquée à son tour, s'éloigner dans la plaine.


    Les arabes vont tout entreprendre pour faire céder la résistance inattendue que leur opposent les chasseurs de la Sidi-Brahim. Par trois fois, il les somme de se rendre. A la première sommation, GEREAUX répond que ses chasseurs préfèrent mourir. A la seconde, assortie de menaces contre les prisonniers, il répond encore que ses chasseurs et lui sont à la garde de Dieu et attendent l'ennemi de pied ferme. A la troisième, GEREAUX blessé ne peut répondre lui-même. LAVAYSSIERE s'en charge et ayant emprunté le crayon du capitaine écrit : "MERDE POUR ABD EL KADER ! LES CHASSEURS D'ORLÉANS SE FONT TUER MAIS NE SE RENDENT JAMAIS !" 


    Après les sommations viennent les menaces et les sévices. C'est d'abord le capitaine DUTERTRE fait prisonnier le 23, qui est amené devant la lunette et crie à ses camarades : "Chasseurs, si vous ne vous rendez pas, on va me couper la tête. Moi je vous le dis, faîtes-vous tuer jusqu'au dernier plutôt que de vous rendre." Quelques instants plus tard, sa tête tranchée est promenée par les Arabes autour de la kouba. Ce sont alors les prisonniers de combats précédents qui sont traînés de même, les mains liées, afin d'ébranler la détermination des hommes. 


    "Couchez-vous !" hurle LAVAYSSIERE et il fait aussitôt déclencher une fusillade sur l’escorte ABD EL KADER qui se trouvait à proximité et qui est lui-même blessé à l'oreille. Enfin c'est le clairon ROLLAND, lui-même aux mains de l'ennemi qui reçoit l'ordre sous la menace de sonner la "retraite" mais il s'avance et vient à plein poumon sonner la "charge"


    Les jours pasent et la résistance ne faiblit pas. Toutefois les secours n'arrivent pas. GEREAUX  de plus en plus affaibli mais qui a gardé la tête froide et le commandement, se rend compte que la situation ne peut durer. Il décide alors de percer et de regagner Djemmaa à près de quinze kilomètres. Le caporal LAVAYSSIERE, homme d'action, prendra le commandement du détachement. Les officiers GEREAUX, CHAPPEDELEINE, ROZAGUTTI, blessés ne sont plus en état d'assurer cette mission.


    Le 26 septembre à l'aube, ils escaladent la face nord de la kouba. Ils bousculent les petits postes arabes et formés en carré, blessés au centre, ils marchent dans la plaine sous le soleil qui monte. L'épreuve va durer toute la journée. L'issue douloureuse de cette marche héroïque  va connaître un dénouement tragique dans le lit de l'Oued Mersa à deux kilomètres de Djemmaa. 


    Dans la journée du 26 et les jours qui suivent, quelques rescapés de la colonne MONTAGNAC parviendront à rejoindre Djemmaa. Néanmoins plusieurs succomberont à leur épuisement et à leurs blessures.
    Dès le début, le nom de Sidi-Brahim connut un retentissement extraordinaire. Ce qui frappa ce fut la volonté, la cohésion de cette troupe, l'accord intime et la communauté de réaction des cadres et des chasseurs dans leur farouche résistance à la faim, à la soif, aux menaces, témoignant d'un état d'esprit bientôt connu comme : l'esprit chasseur.
    Ce fut aussi l'extraordinaire autorité d'un caporal dénotant la qualité d'une instruction et d'une formation morale : le style chasseur



    Les restes de nos héros de Sidi-Brahim furent rassemblés à Djemmaa Ghazaouet dans le "tombeau des Braves" et déposé au musée des chasseurs au vieux fort de Vincennes en 1965. 



    Le clairon ROLLAND
    Clairon de Sidi-Brahim

    Le clairon français Guillaume ROLLAND (1821/1915) qui sonna la charge lors de ce combat.



    En 1913,
    Le petit bourg de Lacalm dans l'Aveyron, a été le théâtre d'une cérémonie qui laissera une durable impression dans la mémoire de ceux qui en furent les témoins émus. L'ancien clairon de chasseurs à pied ROLLAND, âgé de 92 ans, le dernier survivant de la Sidi-Brahim, était à l'occasion du 14 juillet, Chevalier depuis 1846, a été promu au grade d'officier de la Légion d'Honneur. 
    Le Gouvernement avait tenu à donner à ce premier geste élégant, une signification plus profonde encore en entourant d'un éclat inusité la remise à ce vieux vaillant chasseur, de l'étoile d'or. Le général de CASTELNAU, sous-chef d'Etat major général de l'armée et Aveyronnais comme ROLLAND Guillaume, avait été délégué par la grande chancellerie de la Légion d'Honneur pour accrocher sur la poitrine de ce vieux paysan qu'auréole un si fier passé, son nouvel insigne et, le ministre de la guerre avait eu la délicatesse pensée d'envoyer dans ce village perdu, le drapeau, l'unique emblème des chasseurs à pied avec sa garde.


    Plusieurs députés étaient présent et notamment monsieur MASSABUAU qui prit l'initiative de signaler à l'attention du ministre de la guerre, les titres de ROLLAND à la promotion dont il vient d'être l'objet, monsieur le commandant DRIANT, etc...
    D'autre part monseigneur de LIGONES, évêque de Rodez, lui même ancien capitaine des mobiles de la Lozère en 1870, associait l'église au patriotique. Hommage rendu à ROLLAND en célébrant en son honneur une messe solennelle.
    Guillaume ROLLAND a 92 ans, il demeure vigoureux, l'oeil clair. 


    Le général de CASTELNAU agrafa sur la poitrine du vieux brave, à côté de la médaille coloniale, le ruban à rosette et la croix, la décoration en diamant avait été offerte après une souscription limitée à 0,10 centime par personne ; elle avait rapportée 553 francs. 
    Puis lui donna l'accolade, s'adressa à lui en patois familièrement, le tutoyant, en frère d'arme. 
    Mais un mouvement spontané de ROLLAND mis le comble à l'émotion dont vibrait déjà les spectateurs de cette scène.
    Il vit soudain le drapeau ; "Et alors" dit le commandant DRIANT, une pensée lui vint profondément touchante parce qu'il ne l'avait puisée dans aucune lecture. Il ignorait que dans des circonstances officielles, des Présidents de la République avaient embrassés le Drapeau. Il demanda au lieutenant-colonel VALENTIN, un ancien commandant du 8ème bataillon que le ministre avait délégué à cette fête du souvenir, la permission d'approcher. Pris timidement l'extrémité de la soie, s'inclina en la baisant pieusement et ce geste, d'une noblesse incomparable dans sa sincérité, arracha des larmes aux plus sceptiques. Un bataillon du 7ème régiment d'infanterie avec drapeau et musique rendait les honneurs.

    Clairon ROLLAND, le 6 septembre 1913.

    LES RESCAPÉS DU MARABOUT DE SIDI-BRAHIM



    ENTRETIEN AVEC GUILLAUME ROLLAND DE SIDI-BRAHIM

    Ce document unique et exceptionnel est daté du 1er août 1913. Il a été édité dans «Lecture pour tous» puis réalisé à Lacalm dans le village natal du clairon ROLLAND de Sidi-Brahim (21-22 et 23 septembre 1845), l’un des derniers plus braves survivants qui s’illustra à ce combat. Visité ainsi dans sa modeste retraite, ce héros fait lui-même le récit de l’admirable prouesse où il sut joindre à l’intrépidité, une présence d’esprit si français. C’est donc à travers les plateaux verdoyants du Rouergue, vers ce vieux soldat héroïque et modeste qu’à l’extrémité du village, une maisonnette se trouve au bord de la route qui fuit vers la forêt prochaine. On y accède par un humble balcon de bois surmontant une petite cour au fond de laquelle s’élèvent quelques arbres. Voici Lacalm où le clairon ROLLAND habite dont la porte est entr’ouverte pour être rencontré puis raconter. 
    Prés d’un âtre éteint, un vieillard se lève. S’avançant d’un pas ferme, le visage bruni s’empreint  de gravité affable.. C’est à peine si ses épaules se voûtent. La tête seulement s’incline un peu sur sa poitrine. Un feutre noir fait à son front une large auréole. Son visage que colore un teint rosé d’enfant s’encadre, à sa base, du blanc éventail d’une barbe abondante et fine. Nous avons là Guillaume ROLLAND, qui pris une part glorieuse au combat de Sidi-Brahim… il y a soixante huit ans ! 
    D’une voix un peu affaiblie par l’âge mais très claire, le père ROLLAND (comme il est appellé dans le pays avec un affectueux respect) répond aux questions posées. «Sidi-Brahim, si je m’en souviens ! C’est là que je reçus mes deux premières blessures. Pourtant j’hésite à vous raconter par le menu cette sanglante affaire. Cela me fatiguerait trop car je suis bien vieux. Lais attendez… Je vais vous chercher  quelque chose qui vous intéressera.» Bientôt, il revient avec une coupure jaunie de journal : « Tenez, dit il, voici le discours prononcé par le maire d’Oran à la cérémonie d’inauguration du monument élevé en 1898 dans cette ville, à la mémoire des combattants de Sidi-Brahim. » C’est le récit exact de l’affaire. 
    C’était en septembre 1845
    ABD-el-KADER harcelé par les troupes françaises s’était réfugié en territoire marocain et y soulevait les tribus contre l’armée. 
    Le 21 septembre, le lieutenant-colonel de MONTAGNAC qui commande les postes Djemmaa près de la frontière, comptant sur l’aide d’une tribu soi-disant amie celle des Souhalias, forme une petite colonne de 60 cavaliers du 2ème hussards et 4 compagnies de chasseurs d’Orléans. ROLLAND est clairon à l’une de ces compagnies. 
    Le 23 au matin, contact est pris avec l’ennemi commandé par ABD-el-KADER en personne. Le combat s’engage, affreusement meurtrier, car les Bouhalias ont trahi et fait cause commune avec l’Émir. Le colonel de MONTAGNAC, les commandants de COGNORD et FROMENT-COSTE, le capitaine BURGARD, sont tués, le capitaine DUTERTRE décapité, etc... La totalité des hussards et les quatre cinquièmes des chasseurs restent sur le terrain. Les Arabes se précipitent sur les survivants presque tous criblés de blessures dont parmi eux se trouve ROLLAND et les entraînent prisonniers. Seuls les débris de la compagnie de GEREAUX retranchés dans le marabout de SIDI-BRAHIM, résistent encore. 
    Le père ROLLAND prend la parole : 
    «Nous étions cernés par les Arabes qui à bout portant, nous fusillaient. Bientôt nous sommes réduits à une douzaine d’hommes valides ; nos munitions sont épuisées. Pour ma part, j’ai brûlé ma dernière cartouche. Même, j’ai glissé dans mon fusil ma baguette et l’ai tirée sur les Arabes. Un coup de feu me blesse à la cuisse gauche : me voilà gisant à terre. Les cavaliers ennemis ne craignant plus rien de nos armes, s’élancent alors sur nous. L’un d’eux pousse sur moi sa bête. Il se baisse avec agilité et au moment où il passe à ma portée, me fend le pied d’un coup de yatagan. Après, je suis fait prisonnier par un chef. Je perdais mon sang en abondance et les forces m’abandonnaient.» 

    UNE FARCE HÉROÏQUE 

    "A la fin du combat, nous sommes une soixantaine de prisonniers exténués et sanglant. Les Arabes nous conduisent  auprès d’ABD-el-KADER. Il s’est installé sur une hauteur à peu de distance du champ de bataille. C’est de là qu’il suit les phases du nouveau combat qui se livre à présent, autour du marabout où tient toujours le capitaine de GERREAUX. L’Émir que la vue de mon clairon intrigue fort, me fait un signe d’approcher. Il me fait asseoir sur le riche tapis où lui-même est assis.» "Les Français sont fous, me dit-il, de résister plus longtemps. Il faut qu’ils se rendent ! Connais-tu une sonnerie pour mettre fin au combat ?" «Oui, la retraite.» "Eh bien ! Sonne la retraite aux Français !" «Alors je me lève péniblement car mes blessures sont douloureuses. Je porte le clairon à mes lèvres, rassemble tout ce que je sens en moi de forces et les yeux fixés sur l’Émir qui va sans doute me faire payer de la vie cette audace mais le cœur gonflé d’une ivresse secrète, je sonne… la charge éperdument ! Quand j’ai fini, ABD-el-KADER attend l’effet promis de la sonnerie. Mais bernique ! Pas ombre d’effet… Comme l’émir s’étonne : Bah ! Vous savez, lui dis-je, les Français sont têtus ! Il n’y a rien à faire. Ils se battront jusqu’au dernier !» 
    Après sept mois de captivité, ROLLAND réussit et rejoint Lalla-Maghrina après maintes péripéties. 
    «Dés mon retour à Tlemcen, le général CAVAIGNAC me fit appeler et me parla ainsi :»"Je ne puis pas te nommer officier mais je t’ai proposé pour la croix. En attendant, je veux qu’on te rende les honneurs neufs et dont on se souvienne."«Et m’ayant fait asseoir sur l’affût d’un canon, il ordonna qu’on me fit faire trois fois le tour du camp devant les troupes présentant les armes. Ce fut le plus beau jour de ma vie. Quand à mon clairon de SIDI-BRAHIM, je l’ai laissé là-bas dans la brousse. Les chefs marocains s’amusaient à m’en faire jouer. Alors un jour, profitant d’un moment favorable, je l’ai crevé d’un coup de pied et jeté dans les ronces. J’ai gardé celui qui me fut donné à Tlemcen. Il se trouve à l’église de Lacalm. Je l’ai offert avec ma croix et ma médaille forestière à Notre-Dame des Victoires.» 
    Et le brave Rolland, un éclair de malice aiguë dans le regard, sourit dans sa barbe blanche au rappel de ce fait facétieux.


    LES PÉRIPÉTIES D’UNE ÉVASION

    Le 23 septembre 1845 après l’hécatombe du Kerkour (plaine où avait eut lieu les combats) ABD-el-KADER s’était porté à l’attaque du marabout de Sidi-Brahim où s’était réfugiée la compagnie de carabinier de Géreaux. Parmi les premiers prisonniers  qui furent amenés étaient l’adjudant THOMAS et le maréchal des logis chef BARBUT, sans blessures, sauvés par KADA BEN HACHEMI. COURBY de COGNORD épargné grâce à l’intervention du Kalifa BOU HAMIDI avait repris connaissance lorsque des réguliers avaient lavé son visage. Il fut amené sur un mulet après avoir traversé le champ de bataille du Kerkour, couvert de cadavres entièrement nus et la tête tranchée, parfois horriblement mutilé. Assis à terre en face d’ABD-el-KADER et soutenu par BARBUT puis un régulier, il vit arriver la réponse écrite en arabe par l’interprète LEVY, à la sommation faite à GEREAUX, après celle du capitaine DUTERTRE. Le brave de GEREAUX disait que lui et ses hommes étaient décidés à mourir mais ne se rendraient jamais. ABD-el-KADER occupé par l’attaque du marabout fit transporter sur son cheval COURBY de COGNORD à l’endroit où la colonne française avait bivouaqué la veille. Il vint lui-même y camper dans l’après midi et fit dresser sa tente contre un olivier sauvage, à quelques pas de COURBY de COGNORD tandis que ses troupes s’installaient en trois camps. Ses compagnons et les gens des tribus accoururent le féliciter et lui rendre hommage, baisant sa main ou plus souvent son burnous. Les têtes coupées sur le champ de bataille furent apportées à l’Émir comme symbole de sa victoire et déposées à terre à côté de sa tente sous l’olivier sauvage, de manière à ce qu’il pût facilement les compter. Il y en avait environ 300. COURBY de COGNORD reconnut avec horreur celles de MONTAGNAC et de GENTIL de SAINT-ALPHONSE. Peu à peu furent amenés les prisonniers, la plupart blessés et dépouillés de leurs vêtements, quelques-uns la corde au cou. Le sous-lieutenant LAZARET n’avait plus que sa chemise et son caleçon.
    Le 25 avril 1846, des groupes de prisonniers avaient été formés et séparés des uns aux autres. Certains furent attachés ensembles puis conduits par les réguliers dans un ravin proche de la Moulouïa. Là, ils furent tués à bout portant. Leurs têtes coupées immédiatement et leurs corps jetés à la rivière. D’autre s’étaient réfugiés dans leurs anciens gourbis au milieu du camp. Le feu y fut mis et ils furent massacrés au fur et à mesure qu’ils en sortaient. Deux prisonnier seulement purent échapper à l’hécatombe, le clairon ROLLAND et le chasseur DELPECH. ROLLAND placé dans un gourbi avec six de ses camarades possédait un couteau trouvé sur le bord de la Moulouïa. Il veillait. Lorsqu’il entendit le signal du massacre, il se précipita dehors, blessa de son couteau un régulier qui tentait de l’arrêter et traversa la haie d’épines entourant le camp. Il vit de loin l’incendie des gourbis et entendit les coups de feu des assassins et les cris des victimes. Il marcha durant trois nuits, se cachant le jour, fut emmené le troisième jour par un Marocain qui le vendit deux douros (12 francs) à un autre et fut ramené le 17 mai 1846 à Lalla-Maghrina. Il put faire aux autorités françaises le récit du massacre. DELPECH, au signal donné fut lié par une corde avec les cinq camarades de son gourbis et conduit avec eux vers la Moulouïa pour y être fusillé. Le coup qui lui était destiné ayant raté, il put se délier, se sauver et se jeter dans la Moulouïa. Après trois nuits de marche, il tomba aux mains d’un indigène qui le mena chez lui et l’employa à la maison. Au bout de quelque temps, un Marocain l’aida à s’évader pour le vendre à un autre qui le ramena à Lalla-Maghrina le 2 avril 1846. De tous les prisonniers emmenés au Maroc, ROLLAND et DELPECH étaient ainsi avec le chasseur BERNARD échappé précédemment, les seuls qui avaient pu rejoindre l’Algérie. Des 300 prisonniers de septembre 1845, onze seulement restaient sous la surveillance des régulier de l’Émir.

    LE CAPORAL Jean LAVAYSSIERE

    Il était né le 23 novembre 1821, dans un petit bourg de l'arrondissement de Cahors, département du Lot. Au 8ème bataillon de chasseurs à pied de 1842 à 1848.

    CASTELFRANC le 7.05.1911 - Inauguration du monument LAVAYSSIERE

    Le caporal LAVAYSSIERE s’est conduit avec le plus grand courage lors du terrible combat de la Koubba du marabout «Sidi-Brahim». Il s’était déjà fait remarquer en mettant des morceaux de vêtement pour fabriquer un drapeau au milieu d’une grêle de balles, en arborant ce drapeau tricolore sur le dôme du marabout de Sidi-Brahim. Le brave LAVAYSSIERE qui faisait preuve d'une grande force de volonté et de caractère pour garder le moral de ses camarades et avait pris le commandement alors que tous les officiers et sous officiers avaient été tués. Autre acte de courage de ce caporal qui grâce encore à une heureuse diversion venant fortuitement les sauver par trois coups de canon tirés du fort à un intervalle tribunal et jette l'effroi parmi les agresseurs ; Le premier projectile tombe au milieu même d'un des groupes les plus acharnés. L'effet produit est immédiat, les indigènes s'enfuient précipitamment tous en emmenant avec eux dix hommes du 8ème bataillon, 3 hussards, : MOUREAU, l'ordonnance de MONTAGNAC et LEVY l'interprète. Les carabiniers qui restaient debouts avaient la libre route. Pour arriver à la Redoute, ils devaient gravir le côté du ravin apposé à celui qu'ils avaient descendu et non suivre le lit du ruisseau. Les premiers arrivés eurent même quelques peines à se faire reconnaître. Le docteur ARTIGUES sortit seul pour aller au devant des malheureux qui arrivaient. A la vue de ces hommes épuisés, amaigris, méconnaissables, le reste de la garnison s'émut. De la colonne de chasseurs d'Orléans et de hussards partis de Djemmaa-Ghazaouet le 21 septembre au soir, il ne revenait, le 26 au matin, ni un officier, ni un sous-officier; seulement ses hommes qui avaient pu atteindre la porte de la Redoute. Ils étaient sans armes. Seul le caporal LAVAYSSIERE était rentré avec sa carabine à la main après avoir encore un tué un agresseur à 200 mètres du camp. Avec sa nomination de Chevalier dans l'Ordre de la Légion d'honneur (sous le n °: LH-1505/65),  Il prenait aussi le grade de Sergent. Le 12 mai 1846, au milieu d'un carré formé de 18 bataillons d'infanterie et de 8 escadrons de cavalerie, le général CAVAIGNAC commandant la subdivision de Tlemcen remettait au Sergent LAVAYSSIERE, une carabine d'honneur offerte par le conte de Paris, prince royal et fils de feu le Duc d'Orléans. ".. En échange de Celle qui a vous été sauvée par...". Cette arme historique actuellement propriété du musée de l'Empéri à Salon-de-Provence, a été acquise par Jean BRUNON dans l'entre-deux guerre à LAVAYSSIERE, une descendante du caporal. Revenu dans la vie civile, ce brave dernier sergent occupait au temps de sa vie les fonctions de bedeau dans la petite église de sa commune natale et jouissait d'une rente viagère servie par son ancien bataillon. Il meurt à l'âge de 71 ans le 4 juillet 1892.

    Bas relief du monument LAVAYSSIERE

    AU CAPITAINE DUTERTRE
    Monument érigé à Calais au Capitaine Dutertre, héros de Sidi-Brahim

    Le 3 juillet 1904 eut lieu à Calais, l’inauguration officielle dudit monument, élevé par le souvenir Français. 
    Le Monument de Calais, un des plus beaux de France, se dresse aujourd’hui dans une emprise du parc Saint-Pierre, sur le boulevard Jacquard, en vue du bassin maritime. Construit tout en pierre d’Euville, il est érigé sur un plan carré. Le socle, surélevé de trois marches avec bornes aux angles surmontées de couronnes et de fleurs, est orné d’inscriptions les guerres et épisodes militaires de 1845, de 1870-71 et des expéditions ultérieures, ainsi que les noms des héros tombés au champ d’honneur. De ce socle, haut de deux mètres, s’élève une pyramide avec base à écusson, dont deux à bas reliefs en bronze, symbolisant le devoir et l’Humanité, le dévouement à la Patrie en cas de guerre et le sauvetage de nos semblables en toutes circonstances.
    Le haut de la pyramide se termine par un groupe : 
    « Le capitaine Dutertre couronné par la gloire. » Une figure ailée, d’une expression très sympathique, couronne le héros de Sidi-Brahim à l’instant où il adjure ses camarades du Marabout de se défendre jusqu’à la mort plutôt que de se rendre.
    L’ensemble, d’une jolie silhouette et de style moderne, dans ses profils, est très gracieux et fort agréable à l’œil ; Le ton de pierre blanche se détachant sur le fond vert des arbres du parc est du plus heureux effet. Une grande grille cintrée doit sous peu lui servir de cadre ainsi que de clôture au jardin, situé en contrebas du monument, qui s’élève à l’alignement du boulevard et dans l’axe du futur hôtel de ville. Les figures sont largement traitées et d’un beau style ainsi que les deux bas-reliefs en bronze.
    Une mention spéciale doit être attribuée à l’entrepreneur DEFFRENNES, qui est sorti tout à son honneur des grandes difficultés de montage de ce monument dont le sommet atteint 13 mètres de hauteur et pèse environ 100.000 kilos.
    C’est en somme une très belle œuvre, due surtout à l’habilité et au désintéressement  de GHESQUIER et MAUGENDRE, puisque ces deux artistes se sont contentés d’une modeste gratification de 1.000 francs pour leur travail personnel.

    Au pied du monument, délégation du 2ème Hussard et 8ème B.C.P.
    Entre les deux, le clairon ROLLAND et le sergent RIGOULAU 

    LE CAPORAL CARABINIER Jean TRESSY

    Jean Désiré Florentin TRESSY, né le 30 novembre 1819, carabinier caporal, resta comme beaucoup de ses camarades, impressionné. 
    En septembre 1892, TRESSY disait à un des ses compatriotes à Chilleurs-aux-Bois: «Pour moi, durant quinze ans, à peu près toutes les nuits, je reproduisais quelques uns des épisodes de ce terrible combat et aujourd'hui, après quarante-sept ans, le souvenir m'en reste aussi présent que le premier jour. » 
    Jean Tressy était charretier à Sigloy (Loiret) avant d'être appelé comme jeune soldat au 67ème régiment d'infanterie de ligne le 12 octobre 1840. Peu de temps après, Jean TRESSY est muté au 8ème bataillon de chasseurs à pied qui devenait bataillon de chasseurs d'Orléans en 1842 suite à la mort de leur fondateur, le prince royal FERDINAND PHILIPPE, Duc d'Orléans. 
    Devant la reprise des escarmouches entre l'armée d'ABD-El-KADER et la nôtre, la France créait de nouvelles troupes et les m'étaient sous les ordres du général BUGEAUD, devenant ainsi gouverneur général de l'Algérie en 1840. Au mois de mai 1841, le 8ème bataillon faisait partie de l’expédition. Il partit de Paris avec le 5ème pour la province d'Oran le 12 mai 1841 (les 3ème, 6ème bataillons suivis de près par le 10ème étaient destinés à la province d'Alger. Voilà Jean TRESSY avec ses camarades du 8ème bataillon lancé dans la conquête de l'Algérie. On le retrouve dans le combat de la Sikak (21 mars 1842). L'année 1843 s'écoula entre les périodes de repos dans le quartier de Tlemcen et des expéditions contre les tribus dissidentes de la frontière marocaine. Au printemps 1844, le bataillon prend à part aux fortifications de Lalla-Marinia, camp de retranchement créé par le général LAMORICIERE. La première grande affaire que BUGEAUD eut sur les bras et à laquelle TRESSY fut, c’est la participation à la bataille de l'Isly du 12 août 1844. Les forces réunies d'ABD-el-KADER et de l'Empereur du Maroc les mit en déroute. En 1845 durant l'hiver et le printemps, l'activité du 8ème s’était limitée à la répression de quelques insurrections et à des travaux de fortifications à Sebdou . Le 10 août, il alla prendre ses quartiers à la place Djemaa-Ghazaouet (Petit Port de mer) ou réuni à un escadron du 2ème hussards, il passa sous le commandement du lieutenant-colonel de MONTAGNAC. 
    Nous somme à moins de deux mois de la bataille de Sidi-Brahim. Pour permettre de bien saisir dans ses origines et ses développements le drame de Sidi-Brahim, il importe de rappeler sommairement la situation de l'Algérie et, plus particulièrement celle de la province d'Oran à l'entrée de l'automne de l'année 1845. 
    Sur le plan général, un traité avec le Maroc avait été signé et venait d'être promulgué (18 mars-23 août 1845). Aux termes de ce traité, ABD-el-KADER, réfugié au Maroc ne devait plus bénéficier du droit d'asile sur le territoire chérifien mais la clause ne fut jamais respectée. «L'émir, écrivait BUGEAUD, y fait ce qu'il veut et y reçoit toute espèce de secours ; des cavaliers marocains mêlés aux siens viennent faire des courses sur notre territoire». ABD-el-KADER avait reconstitué une deira, sorte de Smala aux proportions plus réduites qui se tient habituellement sur les bords de la Moulouia à proximité de la frontière algérienne. En Algérie, et notamment dans la province d'Oran, les tribus soumises sont exposées à la pression de l'Émir et aux vengeances exactions et de ses partisans. Quelques tribus des environs donnent ouvertement des gages à l’Émir ou même se rangent  à ses côtés. «En présence d'une situation aussi tendue, il était urgent de prendre des mesures pour éviter une insurrection». Surveiller les agissements d'ABD-el-KADER et faire échec à ses tentatives ou quelques postes avaient été installés à proximité de la frontière et notamment à Djemmaa-Ghazaouet. Au bort de la mer (aujourd'hui le petit port de Nemours) et Lalla -Maghrnia (aujourd'hui Marnia) à une trentaine de kilomètres vers le Sud, sensiblement à mi-chemin entre Djemmaa et la localité marocaine d'Oujda. Le poste de Djemmaa était placé sous les ordres du lieutenant-colonel de MONTAGNAC. Celui de Maghrnia était commandé par le lieutenant-colonel de BARRAL. N'attendant pas les ordres de son supérieur, le général CAVAIGNAC, dans la nuit du 21 au 22 septembre, par une nuit sans lune, quitta Djemmaa-Ghazaouet avec tout ce qu'il avait comme hommes valides dans sa garnison. 
    L'ensemble des évènements que le nom désigna  généralement le sous de combat de Sidi-Brahim comprend en réalité deux épisodes bien distincts, légèrement décalés dans le temps et dans l'espace ; Celui du KERKOUR (23 septembre au matin) auquel Jean TRESSY ne participera pas. Seul trois compagnies du 8ème (3ème, 6ème et 7ème) étaient parties avec de MONTAGNAC le commandant du bataillon. FROMENT-COSTE resta au bivouac avec la 2ème compagnie (Capitaine BURGART) et la compagnie de carabiniers (8ème compagnie : capitaine de GEREAUX) auquel Jean Tressy  appartient. 
    Nous connaissons la suite, le massacre de ses trois compagnies et celle du 2ème escadron du 2ème hussards. Puis c'est au tour de la 2ème compagnie qu'avait emmené FROMENT-COSTE de subir le même sort, la 8ème (celle des carabiniers étaient restées au bivouac à la garde des bagages). Sur le champ de bataille, le mot est : «Ils sont morts tous ... Tout est fini» Tout est fini en effet, les quatre compagnies du 8ème d'Orléans sont anéanties après une résistance acharnée. Le chef de bataillon FROMENT-COSTE est tué, La plupart des chasseurs sont tués, quelques-uns sont blessés , prisonniers, emmenés après avoir été dépouillés de leurs vêtements. Du 8ème d'Orléans subsiste un seul élément : les 80 carabiniers au bivouac. Parmi eux, un médecin: ROSAGUTI, l’interprète LEVY et un jeune chasseur qui fera parler de lui dans l'après midi : le caporal LAVAYSSIERE. A la fin de la matinée du 23 septembre, toute résistance ayant cessé dans le KERKOUR.




    «2ème épisode des combats de Sidi-Brahim » 

    A la fin de la matinée (23 septembre), toute résistance ayant cessé au KERKOUR, les premiers ministres des cavaliers Arabes font irruption vers le camp des carabiniers. Le capitaine de GEREAUX se rend parfaitement compte de l'impuissance de sa petite troupe à se défendre en terrain plat devant un ennemi plus de vingt fois supérieur en nombre. Aussi, après avoir fait rassembler l'essentiel des bagages dont il a la garde, il donne l'ordre de se replier vers le marabout de Sidi-Brahim. Les épisodes suivant sont connus maintenant de tous, la pose d'éléments formant le drapeau Français (cravate bleu du caporal LAVAYSSIERE, de la ceinture de CHAPEDELAINE et du mouchoir blanc de TRESSY). Les trois tentatives de redditions de demande, la mort du capitaine DUTERTRE, l’ordre donnée à ROLLAND de sonner la retraite et sonna la charge, etc... Devant un tel acharnement de défense et reconnaissant une impuissance à faire fléchir les carabiniers, ABD-el-KADER s'en est allé laissant un effectif suffisant au blocus du marabout. Le corps n’étant qu’à une dizaine de kilomètres à Djemmaa-Ghazaouet, une idée naît dans l’esprit. Pourquoi ne pas tenter une sortie et essayé de se frayer un chemin jusqu'au poste, les Arabes ayant relâchés leur surveillance. Au matin du 26, GEREAUX et sa petite troupe sorte du marabout, surpris les guetteurs donnent l'alerte. Les Arabes se précipitent mais poussés par leur instinct, ils se dirigent d’abord vers les bagages. Cet incident accorde un délai assez long qu'ils mettent à profit de leur mieux. Plus de la moitié du trajet est accomplie, l'espoir renaît, notre ami carabinier Jean TRESSY est toujours parmi ces rescapés. Le combat n'était pas fini encore pour eux, un carré puis deux, trois avaient été formés. Le capitaine de GEREAUX, le lieutenant de CHAPPEDELAINE, ROSAGUTI et l'interprète LEVY sont fait prisonniers. On se bat à la baïonnette pour écarter les plus entreprenants. « Chacun pour soi, racontait plus tard le Tressy carabinier, et en avant dans la masse profonde des Arabes qui nous poussent de toutes pièces. La baïonnette française décrit toutes les arabesques de l'escrime, en ont poursuivi leur moulinet, on ne voyait que des yeux flamboyants de colère, dents de fauves se disputer une proie, des visages de démons incarnant la haine, bras tendus, mains crispés, armes de toutes sortes, cherchant par tous les moyens à nous et à nous atteindre, donner la mort. On entendait des vociférations et hurlements, c'était un effrayant vacarme, une mêlée terrible». Il ne reste plus maintenant que quelques hommes. Seul un miracle peut sauver cette poignée de carabiniers héroïques et se produisit d'un observatoire de Djemmaa. Quand la masse des indigènes s'approche de la localité, sur l'initiative d'un sous-officier, trois coups de canon sont tirés du poste avec un bonheur rare. Les Arabes se sont enfuient emmenant avec eux quelques prisonniers. Les survivants pouvaient alors s'approcher du poste où ils avaient d `abord du mal à se faire reconnaître. Ils n'étaient qu’une quinzaine dont le carabinier Jean TRESSY.

    Remise de la croix de la Légion d'Honneur

    Ramener dans son pays natal et après avoir été honoré, il repose dans le cimetière de Chilleurs-aux-Bois. Septembre 1999, une cérémonie commémorative a été organisée avec l’inauguration d’une nouvelle stèle érigée en mémoire de l'enfant du pays. 

    LES SURVIVANTS
    DU COMBAT DANS LA KOUBBA DU MARABOUT
    «SIDI-BRAHIM»
    (Bataille Déroulée du 24 au 26 septembre 1845)

    Les recherches sur les survivants précisent que nous JEANPIERRE, AUDEBERT, FERT, MEDAILLE et SIGUIER moururent en arrivant à DJEMMLÂA ou quelques temps après.
    Au sujet du chasseur Marie-Jean TROTTET. 
    Lors d'une prise d'armes au Carrousel le 21 mars 1852, au cours de laquelle l'Empereur NAPOLÉON III remis les premières médailles militaires (création par décret du 22 janvier 1852), une de celles-ci fut épinglée sur la poitrine du chasseur Marie-Jean TROTTET «11 années de services, 9 ans de campagne, prisonnier d'ABD-EL-KADER ayant réussi à recouvrer la liberté par son audace et son énergie». Ce qui nous fait dire que ce rescapé de Sidi-Brahim, aurait été le premier chasseur à pied à recevoir la médaille Militaire.

    Rétablissement de la liste des survivants du 8ème bataillon de chasseurs d'Orléans
    ayant participé aux combats du KERKOUR et de Sidi-Brahim (les 23 au 26-09-1845),
    à savoir :


    10 survivants DJEMMLÂA ayant rejoint CHAZAOUET (allias NEMOURS) à partir du 31-12-1846. Le 26-09-1845 peu après 9h 30 (classés en fonction de leur ancienneté du 8ème) :
    1– carabinier MICHEL Victor, né le 28-09-1815 à Sarrians (Vaucluse), au 8ème  de 1840 à 1848
    2– carabinier LAPARRA Etienne, né le 11-04-1818 à Saint-Simon (Cantal), au 8ème de 1840 à 1848
    3– carabinier LANGEVIN Maurice, né le 01.01.1818 à ANCHE (Indre-et-Loire), au 8ème de 1840 à 1847
    4– chasseur LANGLAIS Charles-Auguste, né le 05-08-1818 à ESTAIRES (Nord), au 8ème de 1840 à 1846
    5– carabinier TRESSY Jean Florentin, né le 30-11-1819 à Chilleurs-aux-Bois (Loiret) au 8ème de 1840 à 1847   
    6– carabinier ANTOINE Claude Charles, né le 27-12-1819 à Grozon (Jura) au 8ème de 1840 à 1846
    7– carabinier LÉGER Gabriel, né le 16-11-1812 à Paris (Seine), au 8ème de 1840 à 1847
    8– carabinier DELFIEU Elie, né le 29-05-1820 à SAINT-PAUL-la-Coste (Gard), au 8ème jusqu'en 1847
    9– caporal de 2ème Classe LAVAYSSIERE Jean, né le 02-11-1821 à Castelfranc (Lot), au 8ème de 1842 à 1848
    10– chasseur RIMOND Joseph Martin, né le 13-03-1822 à PLAN-DE-LA-COUR (Var), au 8ème  jusqu'en 1850
    11- ALSO avaient rejoint Djemaâ avec les précédents mais n’ayant pas survécu :
    12– carabinier AUDEBERT Louis Lepic, né le 18-09-1818 à Sommières-du-Clain (Vienne), au 8ème depuis 1840, mort à quelques mètres de l'entrée du fort;
    13- caporal de 2ème classe JEANPIERRE (DIT) RONAT, né le 25-01-1820 à SAINT-DIDIER-EN-VELAY (Haute-Loire), au 8ème de depuis 1840, mort peu après son entrée à Djemaâ;
    14- 1ère classe MÉDAILLE Bazille, né le 15-06-1821 à Gissac (Aveyron), au 8ème depuis 1842, mort à l'ambulance de Djemaâ le 26-10-1845;
    15- clairon des carabiniers SIGUIER Joseph, né le 11.11.1820 à BURLATS (Tarn), au 8ème depuis 1840, l'hôpital militaire mort D'ORAN le 11-12-1845;
    16– carabinier FERT Daniel, né le 19-02-1820 à Dieulefit (Drôme), au 8e depuis 1840, mort à l'Hôpital de TLEMCEN le 19-01-1846.


    3 carabiniers survivants échappés isolement du KERKOUR avant le repli sur Sidi-Brahim :
    - RAPIN François, né le 16-03-1818 à ESCAMPS (Yonne), au 8ème de 1840 à 1846 qui indisposer avait distancé la colonne peu avant son encerclement par les Arabes et regagna de nuit La Redoute de Lalla-Maghrnia (frontière Marocaine) Le 24 à 4 heures, le premier à rendre compte de la situation
    - CAILLÉ André, né le 15-05-1819 à Aumagne (Charente-Maritime), au 8ème de 1840 à 1847
    et COHARD Louis, né le 23-07-1817 à Goncelin (Isère), au 8ème de 1840 à 1847 qui poursuivis par la cavalerie de l'Émir, ne durent Leur salut qu'en sautant d'une falaise. Ce sont eux qui furent recueillis par le 10ème bataillon (BARRAL Colonne).
    Sont évoqués et par le Capitaine FOURIE et le lieutenant GARÇON.


    4 prisonniers évadés du Maroc :
    - chasseur BESSODES Jean Antoine, né le 12-03-1815 à Montjaux (Aveyron), au 8ème jusqu'en 1848, le prisonnier 23-09, évadé le 06-10 rejoignit Djemaâ le 13-10-1845
    - 1ère classe BERNARD Louis, né le 11-10-1811 à Montredon-LABESSONIE (Tarn), au 8ème depuis 1840, blessé, rentré le 25-02-1846
    - clairon ROLLAND Guillaume, né le 18-09-1821 à Lacalm (Aveyron), blessé, rentré le 17-05-1846
    - chasseur DELPECH Joseph, né le 08-02-1821, un Lugagnac (Lot), au 8ème depuis 1842, évadé rentré seulement le 02-08-1846.


    2 prisonniers épargnés au massacre général de la nuit du 27 au 28-04-1846 et rachetés par l'entremise de l'Espagne :
    - sous-lieutenant LARRAZET Jérôme, Né le 05-08-1810 à Bazas (Gironde) question du rang ayant servi au bataillon de tirailleurs devenu 1er B.C.P. jusqu’au grade d'adjudant, nommé sous-lieutenant au 8ème B.C.P. le 11-02-1842 qu’il rejoignit en Afrique; Après plusieurs années de la 1ère compagnie, passa à la compagnie de carabiniers du capitaine de GEREAUX dont il fut détaché pour commander provisoirement la 3ème compagnie ; prisonnier après 2 blessures.
    - adjudant THOMAS Marie-François-Xavier, né le 10-02-1816 à BRIEY (Meurthe-et-Moselle, d'entreprendre en 1834 dans l'infanterie légère, devint sergent au 3ème RIMA puis au 8ème B.C.P. en décembre 1840 ou il fut promu sergent-major en 1841 et en attendant adjudant en juillet 1845, proposé sous-lieutenant le 26-08-1845. 


    Parmi ces 19 survivants (l'effectif du 8ème parti en opérations le était 21-9 de 354)
    Le chasseur François BARDIOU qui faisait longtemps l'objet de recherches n'a jamais retrouvé. Peut-être BARDIOU a-t-il appartenu au 8ème à l'époque de Sidi-Brahim sans pour autant avoir participé aux combats. Les 5ème et 8ème compagnies qui intervinrent laissèrent à Djemmaa 188 hommes (dont 110 indisponibles). La 1ère compagnie était demeurée à Tlemcen, les 4ème et 5ème compagnies en garnison à Toulouse (dépôt du bataillon), cette dernière (125 hommes) d'ailleurs à débarquer en renfort dès le 11-10-1845 à Called. Seul un dépouillement des registres matricules du 8ème, détenus en archives par le service historique de l'armée à Vincennes confirmerait ou infirmerait cette hypothèse.
    En revanche, ce qui est sûr, est qu'un enfant de LIMOGE tomba au champ d'Honneur de Sidi-Brahim : le chasseur Bernard BEDOUILLE, né le 15-04-1810. Ces recherches ont été faite en 1979 et parus dans la revue «Le Cor de Chasse» Bulletin de liaison des bataillons de Chasseurs à Pied. N ° 460 de l'année 1980. 

    BATAILLE DE SIDI-BRAHIM


    État nominatif des prisonniers
    entre les mains d'Abd-el-Kader.


    GOURBY DE GOGNORD, chef d'escadron au 2ème hussards : 2 blessures
    LARRAZET, sous-lieutenant au 8ème d'Orléans : 2 blessures
    THOMAS, adjudant au 8ème d'Orléans : 1 blessure
    BARBUT, maréchal des logis au 2ème hussards : 1 blessure                                    
    LÉVY, interprète : 1 blessure


    État nominatif des prisonniers du 8ème d'Orléans
    entre les mains d'Abd-el-Kader :


    ANDRIEUX, sergent, 4 blessures
    ALEXANDRI, caporal, 1 blessure
    BALBOT, 1 blessure
    BALMOUT, 1 blessure
    BELLOUT, fourrier, 1 blessure
    BELLIER, 1 blessure
    BERTRAND, 1 blessure
    BILLVIRE, 1 blessure
    BITGARET, caporal, 1 blessure
    BLANCART, carabinier, 5 blessures
    CANMEIL, 1 blessure
    CHATRAN, 1 blessure
    CHAUVIN, 2 blessures
    CHEVRAN, 2 blessures
    DELPECH, 1 blessure
    DESPRAT, 4 blessures
    DONIAE, 1 blessure
    DUPONT, 1 blessure
    DURAND Jean, 1 blessure
    FAYT, 2 blessures
    FRANCK, 1 blessure
    GALLUS, 1 blessure
    GRAAL, 1 blessure
    GUILLET, 1 blessure
    ISMAËL, 1 blessure
    JULIEN, 1 blessure
    LUCAN, 1 blessure
    MARIE, carabinier, 1 blessure
    MOLLET, clairon, 2 blessures
    MORARE, 1 blessure
    MOULIN, 1 blessure
    MOZER, 1 blessure
    MURTEL, 1 blessure
    PARES, caporal, 1 blessure
    PERRIN Jules, 1 blessure
    PERRIN, 2 blessures
    POGGI, 1 blessure
    RIEUX, 2 blessures
    ROLLAND, clairon, 1 blessure
    ROUSTAN, 1 blessure
    THIOLY, chasseur, 1 blessure
    VEITH, 2 blessures
    VESIAT, chasseur, 1 blessure
    VOUTHRON



    LA SIDI-BRAHIM




    I.
    Francs chasseurs, hardis compagnons
    Voici venir le jour de gloire
    Entends l’appel des clairons
    Qui nous présage la victoire
    Volez, intrépides chasseurs
    La France est là qui vous regarde
    Quand sonnera l’heure du combat
    Notre place est à l’avant garde !
    II.
    Quand votre pied rapide et sûr
    Rase le sol, franchit l’abîme
    On croit voir à travers l’azur
    L’aigle voler de cime en cime.
    Vous roulez en noirs tourbillons,
    Et parfois limiers invisibles
    Vous vous couchez dans les sillons
    Pour vous relever plus terribles !
    III. 
    Aux champs où l’oued Had suit son cours,
    Sidi-Brahim a vu nos frères
    Un contre cent lutter trois jours
    Contre les hordes sanguinaires
    Ils sont tombés silencieux
    Sous le choc, comme une muraille
    Que leurs fantômes glorieux
    Guident nos pas dans la bataille !
    IV.
    Héros au courage inspiré ;
    Nos pères conquirent le monde
    Et le monde régénéré
    En garde la trace féconde.
    Nobles aïeux, reposez-vous,
    Dormez dans vos couches austères,
    La France peut compter sur nous,
    Les fils seront dignes des pères !
    V.
    Surprise un jour frappée au cœur,
    France, tu tomberas expirante.
    Le talon brutal du vainqueur
    Meurtrit ta poitrine sanglante.
    Oh France, relève le front
    Et lave le sang de ta face,
    Nos pas bientôt réveilleront
    Les morts de Lorraine et d’Alsace.
    VI.
    O Morts, nous vous avions promis
    De libérer le territoire.
    Ils sont chassés, les ennemis,
    Nous vous apportons la Victoire,
    Sous vos lauriers, dormez en paix
    Face au vaincu qui nous regarde,
    C’est au bord du Rhin, désormais,
    Chasseurs, que nous montons la garde.

    Refrain
    En avant ! braves bataillons !
    Jaloux de notre indépendance
    Quand l’ennemi vers nous s’avance
    Marchons, marchons, marchons,
    Serrons les rangs !
    Mort aux ennemis de la France !